lundi 19 novembre 2012

HISTOIRE DE LA VOYANCE ET DU PARANORMAL


HISTOIRE DE LA VOYANCE ET DU PARANORMAL


L‘auteur Nicole Edelman, maître de conférence en histoire contemporaine, nous propose une plongée dans le paranormal. Loin d’offrir des effets spectaculaires et des révélations incroyables, il s’agit plutôt pour l’historienne d’analyser et de replacer dans le temps les différents domaines du paranormal, à savoir la voyance, l’astrologie, la numérologie, la parapsychologie et le spiritisme. Ainsi chaque discipline est replacée dans son contexte en convoquant l’histoire, les sciences et les religions. Que tous ces phénomènes soient fiables ou non, n’est pas sa question. C’est en comprenant leur origine que nous pourrons forger notre propre opinion et évaluer nos propres croyances.

Chaque terme, chaque phénomène possède une signification propre et recouvre une pratique et un domaine conceptuel qui évoluent au fil du temps. Ainsi, ce que le vingtième siècle nomma « paranormal », le dix-neuvième siècle le désignait comme « sciences occultes ». De nombreux écrits attestent de l’existence de la voyance ou de la divination par l’astrologie depuis des millénaires, partout dans le monde. Toutes les civilisations ont eu recours à ces pratiques. En cela, la figure de la bohémienne qui lit les lignes de la main est le symbole de cette imagerie que la peinture de la Renaissance et de l’Age baroque ont élevée au rang de thème classique.

Dans l’Europe chrétienne, la voyance a souvent été considérée comme diabolique, relevant de pratiques magiques et de sorcellerie. De la même manière les états modifiés de conscience et toutes les formes de transes ont été largement interprétés comme phénomènes de possession jusqu’au dix-neuvième siècle. Le pouvoir politique et religieux ont brûlé les « sorcières » et tenté de guérir les possédés par des théâtralisés.



Gravure représentant une femme accusée de sorcellerie.

Au Moyen Age, existait une large palette de techniques de clairvoyance : divination par le miroir, divination dans un récipient d’eau claire, divination par les flammes ou la lumière d’une chandelle, géomancie (divination par la terre et les cailloux). Ces thèmes et pratiques magiques mélangeaient les références culturelles et religieuses.

Au milieu du dix-neuvième siècle, la voyance devient un métier et a pignon sur rue, prenant une vraie place dans la société. Elle console, rassure, prédit l’avenir en mélangeant volontiers les pratiques du somnambulisme à un attirail folklorique (boule de cristal, marc de café). Ces voyants sont majoritairement des femmes. Elles sont nommées successivement somnambules extra-lucides, sibylles, pythonisses, cartomanciennes et … sorcières ! Elles assiègent les salons, les antichambres et les cabarets à la mode, se mêlant aux magnétiseurs, médiums et illusionnistes. En fait la frontière entre toutes ces pratiques est floue, certains allant jusqu’à tout combiner dans leur séance. Les magnétiseurs donnent des cours et des spectacles publiques et payants, les somnambules se font alors voyantes ou actrices de cirques de foire en exposant leur corps en catalepsie, totalement raidi entre deux chaises, ou en se brûlant et en se transperçant avec des aiguilles. La voyance est aussi un spectacle. Cette attraction suscite une réelle curiosité intellectuelle. Tarot et chiromancie sont les deux principaux supports des voyantes. Des traités sur la chiromancie sont rédigés vers 1840. La conviction que l’on peut lire sur des détails du corps les capacités intellectuelles et psychiques d’un être humain « s’objective » autour de différentes sciences qui naissent à cette époque : anthropologie, ethnologie et phrénologie. La chirognomonie, ou l’art de reconnaître les tendances de l’intelligence d’après les formes de la main parait recevable à certains savants crédules de l’époque. Chiromancie et astrologie se retrouvent parfois mêlées pour la dénomination des mains portant des traces de correspondance planétaire.

Au vingtième siècle, les frontières s’estompent entre voyance et astrologie qui deviennent intimement liées. Leurs supports de prédictions usent de l’ancien comme du moderne : tarot, boule de cristal, numérologie, chiromancie, graphologie et astrologie. C’est alors que la voyance s’introduit sans poser de problème dans les journaux de la presse hebdomadaire à grand tirage sous la forme de prédictions régulières et d’horoscopes. Bientôt l’astrologie trouve une place sociale importante et s’insère dans les nouveaux médias : la radio, la télévision puis internet. Elle renouvelle ses concepts et ses références en prenant appui sur la psychologie et la psychanalyse. Comme l’astrologie, la voyance n’est plus questionnée aujourd’hui, elle va de soi. Présente dans tous les médias, sa véracité est peu souvent interrogée et ce depuis des décennies. Le recours aux astres ou à la voyance est rassurant, directif, simple et subjectif, il permet de contourner les obstacles et d’éviter d’affronter les problèmes. C’est une alternative à toute réflexion critique.


Les Chaldéens sont probablement les premiers à avoir établi des horoscopes pour prédire l’avenir de l’homme. Cette astrologie gagne la Grèce. Les noms des planètes s’actualisent et se renouvellent en conservant leur liens religieux et anthropologiques : ceux de la mythologie grecque remplacent ceux des divinités chaldéennes. Cette pseudoscience se répand ensuite dans le monde gréco-romain. La mythologie devient ainsi une des composantes majeures dans laquelle prennent sens les propriétés astrales, qui demeurent jusqu’à nos jours. De religieuse et initiatique, l’astrologie devient alors profane et s’individualise. Elle s’intéresse au destin personnel.

Au Moyen Age, l’astrologie prend de l’ampleur avec l’arrivé de l’imprimerie qui permet la diffusion d’ouvrages savants. Les souverains d’alors font régulièrement appel à des astrologues pour les aider à déchiffrer les signes des temps. (NDLR : Il n’y a pas si longtemps François Mitterrand a consulté régulièrement l’astrologue Elisabeth Tessier et Leonid Brejnev suivait les conseils de la voyante Georgienne Djouna Davitchavili, dite « la Sorcière ».)

Au seizième siècle, l’astrologie est soutenue par des « médecins » qui maintiennent l’idée de l’existence de liens intimes entre l’homme et l’univers. Ainsi, Michel de Nostredame, dit Nostradamus, médecin-astrologue, prophète et poète est une des figures les plus emblématique de cette tendance. A la Renaissance, le « médecin » devient un expert dans l’art de décrypter le message des corps et des astres. Il est celui qui sait élaborer un remède au moment où la figuration du ciel lui conférera son efficacité optimale. (NDLR : Il valait mieux être bien portant !)


Michel de Nostredame, dit Nostradamus (1503-1566). Médecin et apothicaire français de la renaissance, il pratiqua l’astrologie comme tous ses confrères de l’époque. Il est connu pour ses prophéties qui sortent en éditions dès 1555.


Édouard Isidore Buguet (1840-1901). Ce photographe spirite français démontre en 1875 un phénomène télékinésique appelé effet fluidique.

Au début du vingtième siècle, le spiritisme laisse place à une nouvelle science appelée métapsychique, qui explore l’ensemble des phénomènes mécaniques ou psychologiques dus à des forces qui semblent intelligentes, ou à des puissances inconnues. Trois grands phénomènes sont ainsi étudiés : l’ectoplasmie, la cryptesthésie et la télékinésie. C’est ainsi que la croyance d’un sixième sens serait née.

Par: Kathy Olán López


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